Miquel Barceló

Image

Miquel Barceló, né le 8 janvier 1957 à Félanitx sur l’île espagnole de Majorque aux Baléares, est un artiste espagnol catalan associé au mouvement néo-expressioniste. Bien que Miquel Barceló se soit initialement consacré à la peinture et au dessin, grâce auxquels il est devenu l’un des artistes contemporains les plus en vue et a obtenu une reconnaissance internationale très jeune2, il s’est également orienté dans le courant des années 1990 vers la sculpture et la céramique comme supports de création artistique alternatifs. Barceló a également reçu deux importantes commandes, l’une pour la réalisation des décorations de la Chapelle Sant Pere de la Cathédrale de Palma de Majorque en 2007 et l’autre de la part de l’État espagnol pour la coupole du Palais des Nations de l’ONU à Genève en 2008.

Depuis quelques années, Miquel Barceló vit et travaille en alternance à Majorque, à Paris, et au Mali sur la falaise de Bandiagara3,4. Il a reçu, en 2003, le prestigieux Prix Prince des Asturies pour les Arts.

Biographie
Formation et débuts

La campagne de Felanitx.

Miquel Barceló, est l’ainé d’une famille de trois enfants5. Son père est issu du monde paysan6 et sa mère Francisca Artigues est une peintre paysagiste qui le sensibilisa à la peinture7. Il passe son enfance et adolescence à Felanitx5. Il est diplômé de l’école des Arts décoratifs de Palma de Majorque en 1973, et, à la même période, fait son premier voyage à Paris où il découvre l’art brut et l’art informel avec notamment les œuvres de Jean Dubuffet, Antoni Tàpies, Jean Fautrier, Wols qui constitueront ses premières sources d’inspiration artistique7,8,9. Il réalise sa première exposition individuelle en 1974 à la galerie d’Art Picarol de Palma de Majorque. Barceló commence en 1975 l’école des Beaux-arts Sant Jordi de Barcelone qu’il ne finira jamais en raison du système académique qu’il accepte mal5, mais il s’intéressera à cette époque aux travaux de Mark Rothko et Lucio Fontana7. De retour à Majorque en 1975, il participe à un collectif conceptuel appelé Taller Llunàtic (qu’il quittera en mars 1978) au sein duquel il participe à des actions contre le gouvernement expirant de Franco7 et co-fonde la revue Neon de Suro3. À cette même époque, il participe aux manifestations écologiques contre les projets immobiliers sur Majorque avec l’occupation de l’île Sa Dragonera10. Après une première exposition à Barcelone en 1977, il commence à intégrer des matières organiques dans ses toiles, ce qui restera tout au long de sa carrière une technique privilégiée8.

En 1978, il réalise un second voyage à Paris où il s’intéresse plus particulièrement aux expressionnistes abstraits américains lors de l’ouverture du Musée national d’art moderne1 et à leur approche de l’action et du geste pictural, ce qui se confirmera l’année suivante lors de sa visite de l’exposition commémorative itinérante des 50 ans du MoMA de New York à Madrid7. Il s’inspirera alors des travaux de Pollock dans ses dernières années11,12, Cy Twombly, Ryman et de Kooning12 pour réaliser de grandes toiles couvertes de peinture abondante selon la technique du dripping, et de matières organiques, exposées aux intempéries et subissant déformations et craquelures.

Les années 1980 : la reconnaissance internationale

Église Notre-Dame du Liban (vue depuis la rue Lhomond) à Paris dans laquelle Barceló a peint sa série sur le Louvre en 1984.

En 1980, il rend visite à Joan Miró dans son atelier5 et part s’installer à Barcelone où il côtoie, au sein d’un atelier communautaire de la rue Cotoners, différents jeunes artistes catalans dont Javier Mariscal, Bruno Fonseca et Luis Claramunt13. Cette époque marque un changement stylistique dans le travail de Barceló, qui revient à une peinture figurative, puis progressivement plus classique, traitant de portraits et natures mortes. L’année 1982 marque un premier tournant dans la carrière de l’artiste. Il entame tout d’abord une carrière artistique internationale en exposant dans la nouvelle galerie Axe Art Actuel à Toulouse, suite à sa rencontre dans l’atelier barcelonais avec le peintre Michel Batlle qui vient de créer la revue Axe Sud et lui propose de faire sa première exposition hors d’Espagne. Lors de cette exposition il fait la connaissance d’Yvon Lambert et de Jean-Louis Froment1. Puis il est invité à la Documenta VII de Cassel1 où il se lie d’amitié avec Jean-Michel Basquiat7. À partir de cette date Barceló est reconnu comme une valeur sûre de l’art contemporain9 qui le classe dans le nouveau courant de « jeunes sauvages ». C’est également en 1982, qu’il entre pour la première fois dans les collections d’un important musée avec l’acquisition de plusieurs œuvres par le Centre d’arts plastiques contemporains de Bordeaux.

Miquel Barceló part alors vivre plusieurs mois à l’étranger pour travailler et s’installe à Naples en 1983. Cette même année, il expose pour la première fois chez Yvon Lambert à Paris où il rencontre Bruno Bischofberger qui achète la plupart des œuvres de l’exposition. Il s’installe dans la capitale française qui constituera dès lors un point d’ancrage permanent dans sa vie et sa carrière1. Le Musée national d’art moderne de Paris acquiert grâce à Robert Calle la toile intitulée Le Jugement de Salomon. Par l’intermédiaire de Basquiat, il rencontre Andy Warhol qui réalise son portrait, et de retour en Italie rend fréquemment visite à Cy Twombly qui habite alors Rome7. L’année suivante, il part pour le Portugal avec son ami Javier Mariscal pour travailler sur de nouvelles techniques de peinture qu’il applique à des marines et des paysages. C’est à cette période qu’il fait la rencontre de Cécile Franken, une jeune hollandaise qui deviendra plus tard sa femme et la mère de ses enfants14,15. Il rentre ensuite s’installer à Paris et investi comme atelier l’église Notre-Dame du Liban dans l’enceinte de l’Institut Curie de la rue d’Ulm, sur la suggestion de Robert Calle alors directeur de l’institut16, pour peindre une série d’œuvres sur le Louvre6. En juin 1984, Bruno Bischofberger, après une exposition à Zurich, devient son marchand exclusif7,1. Barceló réalise une importante série d’expositions individuelles organisée par Jean-Louis Froment et commencée à Bordeaux le 10 mai 1985, puis à Madrid, Munich et pour finir à l’Institut d’art contemporain de Boston en avril 19861, qui l’imposent dès lors comme le chef de file des artistes contemporains espagnols et l’artiste espagnol vivant avec la plus grande projection internationale3.

Miquel Barceló retourne s’installer en 1986 à Majorque au cap Farrutx près d’Artà5. Il travaille à la coupole du Théâtre du vieux marché aux fleurs de Barcelone et crée ses premières « toiles tourbillons ». À New York où il s’installe quelque temps dans Greenwich Village5, il réalise sa première exposition individuelle chez Leo Castelli, l’un des plus importants galeristes d’art moderne et contemporain, marquant ainsi une percée dans le milieu et sur le marché de l’art contemporain mondial9. Il entame alors sa période des « peintures du désert » et de son travail sur la transparence17. Le Musée Reina Sofía acquiert Big Spanish Dinner datant de 19857 et Barceló reçoit à trente ans le prestigieux Prix national des Arts plastiques d’Espagne5.

La falaise de Bandiagara au Mali, foyer du pays Dogon que Barceló découvre en 1988.

L’année 1988 marque un tournant dans la vie et l’œuvre de Barceló8. Il réalise en effet son premier voyage en Afrique en traversant pendant de nombreuses semaines le Sahara depuis Oran en Algérie jusqu’à Gao au Mali avec ses amis Javier Mariscal, Pilar Tomas et Jordi Brio18,7. Il décide alors de prolonger, ce qui sera dès lors un voyage initiatique, en restant de six mois de plus au Mali en pays dogon, au Burkina Faso et au Sénégal7. Il s’installe à Sangha19 sur la falaise de Bandiagara, et durant toute cette période il réalise de nombreux carnets de croquis et d’aquarelles (plus de 3000 feuillets, à raison de 30 à 50 par jour), utilisant des techniques mixtes et des pigments locaux20.

À son retour à Paris, il travaille dans son nouvel atelier de la rue David-d’Angers où il réalise la transition entre la période de ses peintures minimalistes et sa période africaine. Barceló repartira en Afrique durant cinq mois en 1989, en réalisant un voyage en Côte d’Ivoire et au Mali7. De retour de son voyage, il entame pour la première fois une collaboration avec le monde du spectacle vivant en créant les décors et costumes de l’opéra Tréteaux de maitre Pierre1 de Manuel de Falla mis en scène par Jean-Louis Martinoty à l’Opéra Comique le 13 février 1990, perpétuant en cela une longue tradition des peintres espagnols initiée par Picasso. Miquel Barceló passera également cette année-là plusieurs semaines en Suisse à peindre sur les glaciers8, travail cependant sans lendemain. En effet, il est toujours attiré par l’Afrique, où il repart une nouvelle fois pour préparer un important voyage sur le fleuve Niger.

 L’installation en Afrique

Fin 1990, commence un des plus importants voyages en Afrique de Barceló. Ce voyage, méticuleusement préparé21 débute à Abidjan en Côte d’Ivoire où il fait convoyer par bateau un 4×4 depuis Marseille. Il rejoint ensuite par la route Ouagadougou au Burkina Faso, puis Ségou au Mali par les pistes, en pleine confusion politique au moment où Amadou Toumani Touré renverse la dictature de Moussa Traoré22. Là de janvier à mars 1991, il passera plusieurs semaines à construire complètement une pirogue-atelier afin de remonter le fleuve Niger vers le nord-est. Malgré les nouvelles militaires inquiétantes au niveau du gouvernement central et une importante rébellion touaregue qui se déclenche au nord du pays, Miquel Barceló décide de mener à bien son projet et part avec trois maliens de l’ethnie bozo, nomades et pêcheurs du fleuve, le 16 mars 199121. Il effectue une remontée du Niger et du Bani sur 1 400 km en deux semaines, remplissant d’aquarelles et de gouaches de très nombreux carnets de voyage qui seront parmi les plus importants de son œuvre. Il arrive à Tombouctou en pleine révolte touarègue21, puis redescend le fleuve vers Ségou où il restera plusieurs mois à réaliser des tableaux de petit format à partir de ses esquisses. À la même époque en Europe, Robert Calle organise une première rétrospective du peintre au Carré d’art à Nîmes à partir de juillet 1991 et le journal espagnol El País publie le 16 février 1992 un supplément de 24 pages sur les carnets de voyage de Barceló au Mali1.

Au printemps 1992, il épouse Cécile Franken à Majorque qui donne naissance à leur première fille Marcella1. À partir de 1992, il habite en alternance à Paris, à Majorque et au Mali près de Sangha où il crée un atelier-maison sur les sommets du village de Gogoli7 sur la falaise de Bandiagara. Cette année-là correspond également à la publication de Too Far from Home de son ami l’écrivain Paul Bowles, rencontré quelques années plus tôt à Tanger et avec lequel il a maintenu une importante correspondance. Paul Bowles s’est inspiré de la vie de Barceló à Gao au Mali pour le personnage principal du roman23.

La consécration comme peintre contemporain majeur

Barceló travaillant sur des lithographies en 2011

En 1993, Barceló commence ses séries de portraits de ses proches et amis ainsi que des habitants dogons de son village au Mali. Il fait la visite des grottes d’Altamira près de Santander en Espagne, dont les dessins pariétaux préhistoriques renforceront son intérêt pour la peinture en relief et imprégneront ses travaux futurs7. L’année suivante se passera essentiellement à Gogoli où il réalise de nombreux carnets africains et travaille à ses carnets à trous produits par les termites. Une importante rétrospective lui est alors consacrée à Londres à galerie d’art de Whitechapel, puis en 1995 à l’Institut valencien d’art moderne (IVAM) et comme représentant de son pays à la Biennale de Venise7. Cette période de sa vie correspond également à la découverte en Afrique du travail de la céramique par Barceló avec l’aide des artisans de son village. Il en réalisera en 1995 une première exposition à la Galerie Leo Castelli de New York.

L’année 1996 consacre institutionnellement l’œuvre de Barceló avec deux expositions simultanées à Paris au Musée national d’art moderne et à la Galerie nationale du Jeu de Paume regroupées sous le titre Impressions d’Afrique. Il réalise également un voyage en Égypte et travaillera la céramique traditionnelle à Majorque7. L’année suivante il fait un long voyage en Patagonie. En 1998, le Musée d’art contemporain de Barcelone organise alors la plus importante exposition rétrospective de ses œuvres (peintures, dessins, sculptures, céramiques). Barceló part durant l’été à Palerme en Sicile à l’occasion du Festival 1900 où la municipalité lui permet à nouveau d’investir artistiquement une église, Santa Eulalia dei catalani (au nom prédestiné pour un Majorquin), située dans le quartier populaire de la Vucciria et où il va travailler à de grandes aquarelles sur papier journal blanchi, à des dessins al fresco sur les aspérités et dommages des murs de l’église, et mettre en scène de très nombreuses terres cuites réalisées les mois précédents à Majorque24.

Après un nouveau voyage au Mali, l’année 1999 pour Barceló est marquée sur le plan muséal par une importante exposition rétrospective de ses œuvres sur papier au Musée Reina Sofia à Madrid25 et sur le plan créatif par de nombreux travaux de sculpture. L’artiste réalise pour cela deux approches. La première consiste en un travail classique de sculptures de grand format, réalisées dans un ancien entrepôt de la SNCF. D’autre part Barceló continue son travail de céramiste chez Jeroni Ginard à Majorque et débute une collaboration avec Armelle et Hugo Jakubec aux Rairies près d’Angers7. Là il développe des travaux de plus grande envergure, au sens propre, créant des vases gigantesques, véritables sculptures en reliefs d’animaux divers (souvent des poissons), de cranes, de fruits et légumes. Ces terres cuites sont réalisées dans la perspective d’une importante exposition au Musée des Arts décoratifs de Paris qui a lieu en 2000, et rassemble plus d’une centaine de céramiques.

Détail de la paroi de la Cathédrale de Palma de Majorque.

Miquel Barceló réalise un retour à la peinture au cours d’un séjour à La Graciosa aux îles Canaries en mars 2001. Cette période est marquée par des tableaux très vifs et colorés inspirés des fonds marins, des poissons, des vagues qu’il côtoie lors de plongées sous-marines qu’il pratique régulièrement. Il réalise également au printemps de cette année-là l’une de ses sculptures les plus connues, Mobili un énorme crane de singe sur roue en bronze14. Il se voit alors confier la commande d’État pour les décorations d’une chapelle de la Cathédrale de Palma de Majorque. Barceló se consacrera à cet important travail pendant les cinq années suivantes, faisant notamment de fréquents séjours dans l’atelier de Vincenzo Santoriello à Vietri sul Mare près de Naples pour réaliser les maquettes et des céramiques pour le projet7. Durant cette période il exécute également les dessins pour illustrer La Divine Comédie de Dante qui, après une exposition délocalisée sur les quatre îles des Baléares en 2003, sera présentée au musée du Louvre, fait exceptionnel du vivant d’un artiste, d’avril à juillet 2004 en parallèle de l’exposition Dante et Virgile aux enfers d’Eugène Delacroix14. Il reçoit en octobre 2003 le Prix Prince des Asturies pour les Arts, l’une des plus importantes distinctions espagnoles à dimension internationale. L’année 2005 pour Barceló sera consacrée à de nombreux voyages en bateau en Méditerranée tout en suivant l’évolution des travaux de la cathédrale de Palme et une tournée en Amérique du nord où il expose à New York et au Mexique.

Il réalise en 2006 deux projets importants qui dépassent son travail habituel : d’une part il séjourne une longue période au Mali où il donne des cours à des étudiants du Conservatoire des Arts et Métiers Balle Fasseké Kouyaté de Bamako et d’autre part il monte sur scène pour la première fois avec Josef Nadj pour leur spectacle-performance Paso Doble présenté en juillet dans la cour d’honneur du Palais des Papes au Festival d’Avignon14. La fin de l’année est consacrée aux décorations de la chapelle de Palma et plus particulièrement à la réalisation des vitraux. L’inauguration de la chapelle de la cathédrale de Palma de Majorque a lieu le 2 février 2007, en présence du roi Juan Carlos d’Espagne. Suite à cela, ce dernier et l’État espagnol lui confieront la décoration d’une salle de conférence du Palais des Nations à Genève, notamment de son immense coupole de 1500 m2, que l’Espagne souhaite offrir en cadeau aux Nations unies26. Le projet est mené à bien entre 2007 et 2008 pour son inauguration par le roi d’Espagne et Ban Ki-moon le 18 novembre 2008. En 2009, il représente son pays lors d’une rétrospective de ses œuvres des années 2000 au pavillon de l’Espagne de la Biennale de Venise et durant l’été 2010, la ville d’Avignon lui consacre une importante exposition Terra Mare sur trois sites (Palais des Papes, Collection Lambert, et Musée du Petit Palais) notamment dans le cadre du festival27.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s